mardi, juillet 03, 2007

DISPA-R-ÊTRE (1/2)


Née en 2001, de la rencontre de différentes pratiques artistiques, la Cinémécanique traverse sa phase sans doute la plus expérimentale et la plus surprenante. Confronté à sa première oeuvre, « BAR-Q-UES », un récit adapté d’un ouvrage de Vincent Fortemps, on pense d’emblée à la capacité visionnaire des pionniers en prise à ce « songe de la lumière » qui deviendra le cinématographe.


L’attente devant l’entrée de l’atelier 7 prend fin. Le public se glisse silencieusement dans la pénombre de la salle. La porte se referme et scelle l’espace clos de l’atelier comme un sas.

Au premier rang, posé sur le sol : un écran vide. A gauche, un deuxième, suspendu. Les deux sont allumés. Au fond, une structure insolite, sorte d’échafaudage et de radeau métallique, supporte un plateau équipé d’un retour image, derrière lequel deux silhouettes, Vincent Fortemps (dessin) et Christian Dubet (lumière) s’activent sans bruit. Ils sont accompagnés à distance par Gaétan Besnard (vidéo) et Alain Mahé (son).

La pénombre se fait plus profonde.

Un son bas, rauque, grave soudain la surface sonore. Sur l’écran, le va-et-vient spatial d’un trait au fusain dit la lente respiration des vagues. Ce crayonné est la seule voix d’un récit qui se raconte sans parole ou presque. Du balancement de la houle émerge une forme. Peu à peu, les images s’animent et se submergent, elles s’enchâssent et se foudroient comme des vaisseaux démâtés emportés de force sur des courants invisibles.

Une image surnage brusquement, vertigineuse dans sa netteté, pétrifiante dans sa beauté : la dérive d’une bouée sur les flots (un éclairage superbe fixe sa respiration sur l’écran, dans un oscillement net et flou, proche et lointain, présent et intemporel) Cette autre encore, signature d’un art du dispa-r-être ( ?) : l’érosion d’un homme debout, silhouette à la Giacometti, comme fossilisée dans l’immensité, que les rafales du large désagrège inexorablement, rendant l’écran et le spectateur à une blancheur hallucinée.

Ce que la cinémécanique parvient à traduire à cet instant, n’est rien moins que ce que Rimbaud, dans une lettre, décrivait ainsi : « Cette langue sera de l’âme pour l’âme… »
[© Photo, Vincent Fortemps]