jeudi, décembre 14, 2017



   Dans mon cheminement, Minuit en mon silence se tient à la croisée de plusieurs genres littéraires explorés jusqu'ici: le roman, le poème, et ce que, faute d'un autre terme, je décrirais comme un moment nocturne de la parole. Une parole qui se veut d'abord fidèle à une expérience intérieure, comme une nuit blanche qui mène, celui qui veille seul dans l'obscurité, jusqu'à une heure frontalière de son être.

   Ce texte est une méditation à la fois sur la passion et la dépassion amoureuse.

   C'est une lettre posthume de ma jeunesse, une salutation à Alain-Fournier, et la confidence nocturne de Werner Heller, un lieutenant prussien, qui, quelques heures avant de retourner au front, adresse une lettre testamentaire à la dernière femme qu'il a aimée.

   On oppose souvent l'amour à la guerre. Mais c'est oublier qu'on approche également d'une ligne de feu dans l'amour, d'un front intérieur, où les blessures, pour être invisibles, n'en sont pas moins réelles.  Je pense à Vladimir Holan, le poète tchèque, qui écrivait: "Nous vivons dans un monde sans amour pour la simple raison peut-être que nous craignons la cruauté de l'amour". Werner Heller, le soldat prussien, dit une chose presque similaire quand, au terme de sa lettre, il livre cet aveu:

    " L'amour n'est pas une terre d'asile, le séjour heureux des amoureux. C'est une île violentée des éléments, un roc cabré comme un lièvre sous la serre d'un haut vent de proie, un climat où la lumière des fontes et la nuit du gel se livrent à mains nues un combat sans issues. Qui peut vivre ici sans périr à lui-même?"

   Mais le meilleur résumé, sans doute, que je peux offrir de Minuit en mon silence, c'est un dialogue dans un rêve, il y a quelques mois, qui me l'a donné.
   - "Qu'est-ce que l'amour?", demandait une voix dans ce rêve.
   Et une autre voix répondait: 
   - "C'est un échec qui a réussi".

Illustration: Sophie Lécuyer