samedi, mars 21, 2009

THIERRY ACOT-MIRANDE


Portrait de Thierry Acot-Mirande,
en guise d'introduction à "Temps Gelé",
un nouveau titre dans la bibliographie du poète et auteur
[disponible chez Monsieur Toussain Louverture]



Je suis d’ailleurs : Thierry Acot-Mirande



« …je veux que ce récit me survive
et qu’il soit dans l’histoire des existences
une étrangeté vraie, comme une
ouverture blafarde sur l’inconnu »

« L’homme voilé »
Marcel Schwob


Certains n’ont du poète que le titre ; semblable à un Faust d’opérette, ils feignent une profondeur de nuit à laquelle ils ne se mesureront ni ne se sonderont jamais. Laissons-les à leur mascarade et regardons plutôt celui qui approche, tête nue, car celui là, parti seul penché sur son ombre « comme sous le poids de la lumière », a traversé plusieurs fois le dédale souterrain qui sous-tend la réalité.


A la question, comment vous définiriez-vous ?, qu’on lui posait, un jour, Thierry Acot-Mirande répondit : "Comme quelqu'un qui peut complètement se laisser submerger par sa propre mythologie" ; observant un peu plus tard, écoutons bien : "pour moi, lire un livre est une expérience au même titre que voyager ou tomber amoureux."


Les livres seraient-ils le lieu où un écrivain invite son lecteur à de vertigineux rendez-vous ? Sans doute, mais encore faut-il préciser que notre auteur est le lieu d’étranges rendez-vous qui prennent ensuite la forme de chef-d’œuvres aussi envoutants, atypiques, poétiques, que Spyder, La vie d’un autre ou Anasandra, pour n’inventorier que le territoire de la fiction.
Cette question de lieu, d’un ailleurs absolu, peut-être ultime, loin de nous écarter de notre propos, nous ramène à son point d’incandescence. Pour ordinaire qu’en soit l’apparence, le lieu du livre est l’univers d’un écrivain sous l’emprise de son mystère. S’il ne l’est pas, ce n’est que de la littérature.


En cela, davantage qu’un littérateur faisant métier, pour ne pas dire commerce, de l’écriture de livres, Thierry Acot-Mirande est un faux écrivain et un authentique poète, un apprenti d’ailleurs (ses propres mots), un frère psychique de ces mystagogues d’autrefois, antique gardiens des mystères, un homme enfin qui, dès notre première rencontre, m’évoqua le titre d’un livre : Je suis d’ailleurs. Cette œuvre, je fus incapable sur le coup de l’attribuer à son créateur. Qui l’avait écrit ? Soufflé par je ne sais quelle intuition, ce rapprochement n’avait tout à coup rien de hasardeux, relatif à un auteur qui remarquait encore récemment : ce qu’on nomme vie ordinaire perd son temps avec moi.
Cela me revint alors un peu plus tard : The outsider / Je suis d’ailleurs, était de H.P.Lovecraft.


Le choix d’un lieu pour notre rendez-vous, en lui-même absolument révélateur de l’expérience qu’il augurait, avait porté sur une boutique du onzième arrondissement. Pour ceux qui n’ont encore jamais franchi son seuil, Hors-circuits (ici, on l’aura compris, les noms et lieux correspondent à la géographie intérieur d’un homme) est un vidéoclub-librairie, un espace exclusivement dévoué aux œuvres cultes alternatives, expérimentales ou visionnaires, florissant à l’ombre du mainstream. Un lieu où se côtoient Lynch, Epstein, Tarkovski, était hautement approprié à la rencontre de Thierry Acot-Mirande.


D’emblée, ce qui saisissait chez l’auteur de Spyder, c’était derrière une haute taille, sa présence calme et occulte. Nous étions seuls dans la boutique. Délaissant bientôt les rayonnages pour la rue, nous avions échangé nos premières paroles en dérivant dans Paris. Thierry qui connaissait sa ville natale évidement mieux que moi, m’avait suggéré une halte au Père-Lachaise, lieu qui devint celui de tous nos rendez-vous.


Nous nous retrouvions dans cette nécropole pour évoquer dans la plus grande liberté nos projets de vivants. Je crois que la foule silencieuse des tombes nous offrait à l’un comme à l’autre un élan émancipateur. Sous le regard des morts, l’esprit s’énergétise, la pensée s’espace, entrouvre des profondeurs comme les lents remous d’un cétacé. Quand je repense à ces conversations vagabondes, je réalise qu’il n’y était question en premier lieu que de poésie.


Poète protéiforme, Thierry Acot-Mirande, ne l’est pas seulement dans ses recueils : Ceux qui blessent, Cendres étoiles et, récemment, Voies mortes, mais dans chacune de ses œuvres. Ses lecteurs en ont tous fait l’expérience, les autres n’auront qu’à lire les premières lignes de ce recueil, la poésie fulgure et prolonge de longs échos sous toutes les arches ouvertes de son écriture. Elle est cette sinueuse météore qui, illuminant brusquement le ciel noir des phrases, plonge le lecteur dans un vertige hypnotique.


Je n'ai pas mes racines dans la littérature, constatait encore Thierry Acot-Mirande. C’est peu de dire que ses œuvres sont des champs extra-littéraires où les généralités de la vie, du monde sont définitivement congédiées, pour enfin arpenter à pas nocturnes les territoires ancestraux de quelque chose que les hommes, autrefois, nommaient l’âme. Portons tout de suite notre regard au-delà, l’exigence de sa démarche nous y encourage, plus, elle nous y engage. Qu’on se le dise avant d’aborder cette terra ultima : nous n’en reviendrons pas indemne.


Je sais peu d’écrivains chez qui l’écriture induit le lecteur à une si forte hypnose sensorielle. Un pouvoir d’évocation visuel puissant imprègne la langue. Il faut se tourner du côté des réalisateurs, parmi les géants du siècle, pour rencontrer en Welles ou Lynch, une maîtrise aussi complète. Magie de la voix, subtil mystère du jeu, impact de l’image, étrangeté visionnaire de l’œuvre, chaque élément est au service d’un univers où, vite dépaysé, l’on se retrouve pourtant plus vite encore, ramené au vif de soi-même, à l’énigme de soi-même, au mystère lui-même.


Le monde que Thierry Acot-Mirande explore dans ses œuvres avec une sensibilité divinatoire, plonge ses racines au plus profond d’un silence où s’obstine une lueur d’infini. Entendons-nous bien : ici, le rideau est depuis longtemps tombé sur le dernier acte, la scène du monde est vacuité, le soleil des projecteurs aboli ; les consciences, - évitons ce terme de personnages -, les consciences qui peuplent posthumément les pages dérivent comme des ombres dans la matrice brûlante du vide. Qui sont-elles, si familières pourtant dans leur étrangeté ?


Âmes tourmentées, secrètes et solitaires, visionnaires exilés dans leur siècle ou ermites vagabonds noyés dans la foule, telle « Spyder », une figurante de cinéma, « …une personne dont le rôle est effacé dans une société. » ou encore, Lucas, « Le photographe bleu », un artiste déplacé dans sa boutique au milieu de nulle part. Dans « Au bois sacré », le narrateur anonyme, pèlerin existentiel sans dieu, rencontre son frère jumeau au terme d’une longue dérive urbaine. Sur une île de l’Amérique latine où bat, infernal, le carnaval annuel, dans « Sable rouge », un écolier, Albrecht Finch, succombe dans une chasse poursuite éblouissante de désir et de mort, à la séduction funeste d’un étrange arlequin.


Où sommes-nous, quels sont ces lieux qui, la page refermée, palpite comme une fleur brûlante derrière nos paupières ? Dans une scène de Spyder, l’auteur décrivant l’œuvre d’un peintre, Anton, ce faisant dresse pour nous son propre portrait : « Il prend pour sujets des individus placés dans les paysages d’un ailleurs, il trouve une tension spirituelle dans la poésie de lieux inconnus… » On ne saurait être plus précis.


L’art de Thierry Acot-Mirande, à mi chemin entre réalisme fantastique et quelque chose qui échappe à la dictature même des ismes, le situe dans une filiation d’esprit qui de Lautréamont à la scène poétique nord-américaine, passe par Lovecraft, les poètes du Grand Jeu, Novalis, Nerval, Schwob, le cinéaste David Lynch, l’art visionnaire de Poe et des poètes en marche qui, voici quarante ans, l’enfance de notre auteur, gravitaient autour de la revue Planète. Les œuvres rassemblées ici pour la première fois en volume, forment dans la sauvagerie cosmique du ciel poétique, une constellation d’une pureté noire et étincelante.


« Lire un livre est une expérience au même titre que voyager… », nous prévenait plus tôt l’auteur, mais qui nous dit que le voyage suit toujours les buts du voyageur ? On cesse d’errer ou finit le chemin, écrivait Edmond Jabès dans Le livre des questions. Ne perdez pas la direction de l’impasse, répond Thierry Acot-Mirande.


Père-Lachaise, ville lumière de France, banlieue terre, une fin d’après-midi dans le XXIe arrondissement du siècle : deux silhouettes quittent en silence les allées désertes. Leurs pas sans empreintes sur le pavé. Les paroles échangées se sont perdues, restent les tombes comme des bagages abandonnées dans le hall d’attente d’une gare.
A ce point du voyage et quelque soit votre destination, n’oubliez pas d’emporter ce livre avec vous. Tournez la page, lisez la première ligne et plongez votre regard dans ce petit écran du mystère où le cosmos observe, silencieux, son imaginaire à l’œuvre…


PC

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dimanche, septembre 14, 2008

Ewes

EWES
de Christophe Leclaire
avec Eva Cendors
Florent Baranovsky
Une femme erre mystérieusement dans la campagne.
Son existence vient de basculer. Au crépuscule, réfugiée
au bord de l'eau sous un lavoir,
elle s'apprête à découvrir une porte entre les mondes.
Un très beau film romanesque et sobre,
d'un réalisme fantastique maîtrisé, magnifiquement porté
par la B.O de Nicolas Martin.
Pour le visionner, cliquer sur le lien suivant:

samedi, mai 31, 2008

L'appel du large



Pierre Cendors et Cécile Wajsbrot ont fait connaissance en 2004 lors de parutions simultanées dans la revue Lieux d’être. Cécile Wajsbrot y publiait un extrait de Mémorial, Pierre Cendors Le Voyageur sans voyage.Un dialogue est né. Lorsque Le Voyageur sans voyage a paru aux éditions Cadex, Pierre Cendors a demandé à Cécile Wajsbrot de préfacer ce texte.

Que serait une littérature qui s’attacherait à décrire ce qui a, pour mode d’existence singulier, de non-exister dans la réalité, hors sous le couvert du rêve et du désastre ? Le Voyageur sans voyage de Pierre Cendors évoque un train bleu qui ne s’arrête dans aucune gare, roule à destination de nulle part, la nuit. Seul un enfant est capable de monter à son bord, vous tendre la main et vous inviter à y monter à votre tour, à vos risques et périls de survivant.

Pierre Cendors et Cécile Wajsbrot ont accepté de confier leur dialogue d’écrivains à remue.net, nous les en remercions.

Dominique Dussidour
L'appel du large: http://remue.net/spip.php?article2727

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jeudi, avril 10, 2008

Le voyageur sans voyage


« Je pense que je vais lire votre texte cet après-midi », m’écrivait, il y a six mois, Hélène Boinard, éditrice des Editions Cadex, en ajoutant : « ce qui est assez exceptionnel quand on sait que certains manuscrits attendent depuis des mois… Mais je laisse souvent mon intuition bousculer l'ordre chronologique des lectures ».
Après les nombreux refus que mon manuscrit avait rencontrés ailleurs, au bout d’une attente qui avait duré quatre ans, j’avais presque oublié que l’inespéré survient quand l’orchestre est au complet : la bonne personne, le bon moment et, bien sûr, l’étincelle, ce mystérieux vibrato intérieur, qui produit une attraction à la fois irrésistible et subtile. En relisant aujourd’hui le message d’Hélène, au moment où Le voyageur sans voyage paraît à Cadex, je m’émerveille une fois encore du pouvoir créatif de l’intuition.
C’est en vagabondant sur l’internet, en découvrant la collection Texte au carré sur la page web de Cadex, et particulièrement Billet pour le pays doré, d’Eric Faye, que j’ai éprouvé la certitude irrationnelle, indiscutable, que je me trouvais au bon endroit.
Tout ce que je lisais de Cadex cor-respondait exactement à mon appel : une collection de petit format à la présentation sensuelle, imprimée sur un papier de qualité, illustrée par un peintre et, saveur imprévue : préfacée par un écrivain. Obéissant à mon intuition, j’expédiais mon manuscrit à Cadex, recevait peu après le message inattendu de son éditrice et quelques jours plus tard, nous signions un contrat, - encore six mois et Le voyageur sans voyage paraissait, magnifiquement accompagné des dessins de Vincent Fortemps, peintre belge remarquable, et préfacé par une auteure que j’apprécie profondément : Cécile Wajsbrot.
D’où vient une telle certitude ? L’étymologie du mot " intuition " l’indique suffisamment : In tueri, regarder vers l’intérieur*. A quoi j’ajouterais cette définition personnelle : saisissant face à face, chez une seule et même personne, de deux regards surprenant au même moment la même pensée...

* In :A propos de l’intuition, article de Jacques Languirand sur
http://www.radio-canada.ca/url.asp?http://www.radio-canada.ca/par4/accueil.html

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dimanche, décembre 30, 2007

Carnet de Berlin 4


Les musées ressemblent à des casernes culturelles : gardiens en uniformes, contrôle du laissez-passer, dans ces murs flottent un ennui insaisissable, une subtile déperdition de vie. A l’Altes Museum, ce haut vaisseau de pierre fracassé par les remous de 1945, aujourd’hui tranquillement amarré à l’île des musées, on retrouve tout cela avec en plus, le grincement lent du plancher sous les pas, le silence électrique des lumières baignant les murs des grandes salles et, bien sûr, sur trois étages, les légions de peintures que l’on longe, rang par rang, comme une revue de garde.

Ici, pourtant, dans la salle 3.06, l’atmosphère est imperceptiblement plus légère et dense à la fois. Ce soir, dans la salle dévouée à Caspar David Friedrich (1774-1840), quinze de ses toiles tiennent le regard captif d’un silence singulièrement vivant. D’autres peintres possédaient une technique et un sens du paysage aussi développés que Friedrich. Carl Blechen ou Karl Friedrich-Schinkel, dont les œuvres avoisinent les siennes au même étage, rivalisent de savoir-faire et de sensibilité. Ce qui distingue Caspar Friedrich de ses contemporains pourtant, ne relève ni d’une maîtrise ni d’un « romantisme du paysage » dont il serait le chef de file. Ce qui rend son art inimitable et interdit au visiteur d’aujourd’hui de le réduire à un genre éculé ou daté, ce qui frappe dans les peintures intemporelles de la salle 3.06, c’est quelque chose que nous portons tous et que très peu développe : un regard, - autrement dit, son degré de conscience, et plus précisément encore : sa capacité intérieure de vision.

Quand certains peintres privilégiaient une vision naturaliste du monde, familière à chacun, d’autres l’exploration de mythes et de folklores, Caspar Friedrich, lui, dépassait le familier sans en bouleverser l’apparence. Aussi réaliste soit-elle, sa peinture n’en libère pas moins un passage vers une dimension intérieure essentielle, une dimension originelle de l’être. Si l’homme ou la femme occupe parfois le centre de la toile, ce n’est jamais de face, mais de dos, nous plongeant ainsi plus loin au cœur d’un paysage de solitude, dans une profondeur silencieuse identique à la dimension d’intériorité d’un moine, d’un poète, d’un pèlerin du vide.

Des quinze toiles exposées dans la salle, on peut détacher la très taoïste : Le moine au bord de la mer (1809), Crépuscule en bord de mer (1822), Abbey in the Oakwood (1809-10), méditations silencieuses devant la solitude, requiems de l’esprit, visions recueillies au bord du monde, avant sa disparition ou la nôtre. La géographie de ses paysages peints repose dans une atemporalité cosmique. L’œuvre devient ainsi le seuil vivant d’un dépassement, d’un glissement hors du territoire familier vers un espace inidentifiable, vaste et inépuisable. « Le grave est la racine du léger ; le calme est le maître du mouvement. » écrivait Lao-Tseu, en parlant de la Voie, du Tao, ce "...grand vide qui n'est pas le néant", sans se douter que ses paroles décriraient exactement les impressions d’un visiteur du XXIe siècle, face aux toiles de Caspar David Friedrich.



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lundi, décembre 17, 2007

Carnet de Berlin 3

Coiffeur Damen Salon… Satelliten Center… Zentrum... je marche, le regard happé par les enseignes, je me mêle aux mouvements des rues, le pas intuitif, le regard vagabond, un instant captif d’un visage, d’un vol de corneilles au-dessus d’un immeuble de verre, des wagons jaune orangé du métro aérien ou encore de cette étonnante vision qui m’attend au cœur d’un cimetière de l’ancien Berlin-Est.
La grille franchie, en quelques pas, ce jardin des morts prend soudain l’allure d’un parc domaniale abandonné. Des dalles brisées par la lente reptation des racines, gisent sous les algues des herbes folles, plusieurs tombes sont devenues inaccessibles sous la broussaille, les noms sont illisibles, je déchiffre pourtant quelques dates:
1888-1914
avril 1945, 1955
Sonja
Winter
Seel
Familie Loss
Gest. in Russland
Unvergessen

Je remonte le sentier de terre bordé de bouleaux, effarouchant un lapin qui détale entre les tombes. A l’extérieur, bloquant la vue, ces barres d’immeubles verticales et horizontales, comme une seconde enceinte autour du mur du cimetière. Aux balcons, des disques lunaires interrogent un instant mon regard. Vestiges d’un culte primitif ? Déco futuriste ? Antennes paraboliques, tout simplement.

En retrouvant plus tard la ville des vivants, ce frémissement tellurique parfois, sous la plante des pieds, un souffle chaud et métallique s’échappant des grilles d’aération au passage du métro souterrain. Me frappe l’ampleur des avenues, les colossales proportions architecturales, la démonstration de puissance qui s’en dégage et qui se démasque en remontant Unter den Linden : cette orchestration de pierre est d’abord exaltation impériale, volonté victorieuse, orgueil national, - la signature du passé d’un peuple dont je croise les héritiers, comme moi, silencieux et attentifs, parmi les vestiges du site « Topographie de la terreur », ce musée à ciel ouvert situé à l’ancienne adresse du siège de la Gestapo. A quelques pas de là, quelques promeneurs arpentent une longueur intacte du « mur ».



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samedi, décembre 08, 2007

Carnet de Berlin 2


Dans Der himmel über Berlin (les ailes du désir), Wim wenders filme un Berlin peuplé des voix intérieures de ses habitants, comme un raccourci métaphorique saisissant d’une division et d’un isolement alors symbolisé par le Mur. Ville mémoire, capitale dont l’histoire s’écrit aujourd’hui avec l’élan de ce slogan commercial sur l’Alexanderplatz : Make the most of now -, Berlin continue de faire entendre ses voix au promeneur.
Des paroles de Rosa Luxembourg, inscrites en lettres dorées sur le trottoir, le regard glisse plus loin sur trois pavés gravé des noms d’habitants déportés et assassinés dans les camps de la mort. Plus loin encore, sur le sentier des visionnaires, voix de poètes se mêlent à celle d’hommes politiques, dont celle de Vassil Levski : The time is in us, and we are in the time ; it transforms us and we transform it ; et Jaroslav seifert : He who seeks is awaited. He who waits is only found, auxquelles semblent répondre, ailleurs, tracés sur un mur à la bombe, ces graffitis : No border no nation et redesign yourself… Partout dans la rue, le langage assaille le regard du promeneur et pourtant, ici, c’est le silence des passants qui frappe le plus souvent.

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