mardi, juin 26, 2007

L'Expérience Hitler



Après-histoire : Période de prise de conscience, après un conflit guerrier, à l’usage des survivants et de leurs descendants. Adjectif : Après-historique. L’homme après-historique, monuments, littérature, mode, art après-historique. Par extension : ce jeudi 21 juin 2007, feuilletant dans une bibliothèque: « Conversation avec Dieu », un livre au titre un peu provocateur ou ego-lyrique, je tombe sur ce passage :
« L’horreur de l’Expérience Hitler n’est pas qu’il l’ait perpétrée sur la race humaine, mais que la race humaine lui ait permis de le faire. »
Conclusion à laquelle j’ai aboutie après des mois de recherches et de réflexions consacrées à l’écriture de mon dernier roman. Pour qu’un Staline ou qu’un Hitler réalise avec succès ses projets, il fallait non seulement l’adhésion d’un peuple, mais aussi l’appui de personnalités souvent intelligentes et douées dans leur entourage. Et donc, nouvelle interrogation : si l’homme est responsable de ses actes, sans même évoquer un « Dieu responsable d’Auschwitz », Pourquoi avons-nous, a-t-il, créé cette expérience limite ?

J’avais dépassé ma résistance et ouvert le livre au hasard ; j’avais lu le passage sur « L’Expérience Hitler ». Intuitivement, j’ai senti qu’il pourrait agrandir ma compréhension, je l’ai emprunté et voici ce que j’ai découvert :

« L’Expérience Hitler a été rendue possible en conséquence de la conscience de groupe. Bien des gens disent qu’Hitler a manipulé un groupe (dans ce cas, ses compatriotes) par la ruse et la maîtrise de sa rhétorique. Mais cela jette un blâme facile sur Hitler, exactement comme le veut la masse des gens.

Mais Hitler ne pouvait rien faire sans la coopération, l’appui et la soumission volontaire de millions de gens. Le sous-groupe appelé les Allemands doit assumer un énorme fardeau de responsabilité pour l’Holocauste. Tout comme, à un certain degré, le groupe plus grand appelé les Humains qui, même s’il n’a rien fait d’autre, s’est permis de rester indifférent et apathique devant la souffrance en Allemagne, jusqu’à ce qu’elle atteigne une échelle si énorme que même les isolationnistes les plus impitoyables ne pouvaient plus l’ignorer.

Tu vois, c’est une conscience collective qui a fourni un sol fertile à la croissance du mouvement nazi. Hitler a saisi l’occasion, mais il ne l’a pas créée.

Il est important, ici, de comprendre la leçon. Une conscience de groupe qui parle constamment de séparation et de supériorité produit une perte de compassion à une échelle massive, et une perte de la compassion engendre inévitablement une perte de conscience morale.
Un concept collectif enraciné dans le nationalisme strict ignore les épreuves des autres, mais rend tous les autres responsables des vôtres, justifiant ainsi les représailles, le « redressement » et la guerre.

Auschwitz était la solution nazie, une tentative de « redressement » du « Problème juif ».
L’horreur de l’Expérience Hitler n’est pas qu’il l’ait perpétrée sur la race humaine, mais que la race humaine lui ait permis de le faire.

Ce qui est étonnant, ce n’est pas seulement qu’un Hitler se soit manifesté, mais aussi que tant d’autres lui aient donné leur appui.

La honte, ce n’est pas seulement qu’Hitler ait tué des millions de Juifs, mais aussi que des millions de Juifs aient mourir avant qu’on arrête Hitler.

Le but de l’Expérience Hitler était de montrer l’humanité à elle-même.

[…] Hitler ne vous a pas été envoyé. Hitler a été créé par vous. Il a surgi de votre Conscience collective et n’aurait pu exister sans elle. Voilà la leçon.

[…] Ce qu’il faut se rappeler, c’est que la conscience est partout et créé votre expérience. […] Le choix vous appartient toujours. »

(in « Conversations avec Dieu » de Neale Donald Walsch, Ariane Editions, Tome 2)

dimanche, juin 17, 2007

Marcher vers l'immobile


Dans certaines cultures, lorsqu’un membre entrait, au cours d’un rite de passage, en contact avec un espace non-humain, il sortait du groupe social et choisissait un nouveau nom.
Sans beaucoup extrapoler, c’est un même cheminement qui incite l’écrivain à adopter un pseudonyme, autrement dit, un « nom secret ».
Dans son essai : L’homme intérieur et ses métamorphoses (Ed.Albin Michel) Marie-Madeleine Davy, précise : « Le nom patronymique est sans importance ; le nom secret se découvre au cours de la démarche intérieure, il porte le contenu d’un appel […] L’ignorance du nom est éprouvée comme un exil. »
Qu’est-ce que l’écrivain peut dire de cet espace, de cette dimension non-humaine ? C’est un lieu que l’on approche par la conscience.
L’acte d’écrire devient alors cet espace anonyme où affluent des énergies : celle du silence, celle de l’inconscient, de l’imagination et du langage.
Ce sont ces énergies conscientes qui œuvrent au sein de cet inconnu que nous nous découvrons être et qui nous appelle, pour reprendre ce beau titre du photographe Eric Aupol, à marcher vers l’immobile et, dans le même temps, à s’établir dans le mouvement.