vendredi, juin 16, 2006

L'homme atlantique


Dans l'un des chapitres les plus inspirés de "La maison des marées", Kenneth White partage une découverte étonnante. Deux textes inédits, deux voix originales, à quelques siècles de distance. Le premier, qu'il intitule L'arpenteur, écrit à l'origine en breton, évoque la figure errante d'un homme dont: "On n'a jamais su s'il était artiste, arpenteur, ou autre chose encore. A ceux qui lui demandaient ce qu'il était venu faire dans ces contrées, il répondait invariablement: "Je suis venu voir". Voir quoi?"

Le narrateur retrace les contours de cet homme en marche, que l'on aperçoit par tous les temps, sur les landes et les sentiers de la côte ou lisant dans son étude, des livres écrits dans des langues inconnues. Si l'on ignore ce qu'il est venu voir, en revanche, des fragments de sa plume nous livrent les fulgurances de sa vision:

"Préserver un espace où les signes sauvages peuvent faire irruption"; "Le champ de la connaissance n'est pas le domaine du savoir" ou encore: "On est plus près de l'Être en n'étant rien qu'en se croyant quelque chose".

Philosophe?, hasarde le narrateur. "Peut-être. mais d'autres bouts de papier ne portaient que des listes: "Granit, grès [...] busard cendré [...] pleine lune, pluie atlantique..." Il était souvent dehors [...] et il dessinait. Difficile de dire quoi: je n'y voyais que des lignes et une multiplicité de touches, rien qui ressemblât à quelque chose [...] et pourtant, curieusement, cela me plaisait. C'est peut-être cela qu'il appelait "aventures dans le multivers".

Avant de repartir, cet homme qui était une énigme, laisse derrière lui un dessin avec ce billet: Peut-être que toi aussi, un jour, tu auras envie de voir."